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IBCom: L'hôtellerie informatique dans tous ses états

01 March 2004

Placer ses ordinateurs en lieu sûr devient courant. Mais le client attend de l'hébergeur qu'il s'implique toujours davantage dans la gestion des systèmes.

La délocalisation des ordinateurs dans un centre d'hébergement< est aujourd'hui un must pour les grandes entreprises», affirme Gérard Sikias, directeur général de Safe Host, l'un des «cinq étoiles» genevois pour ordinateurs. «Les PME, par contre, doivent encore être éduquées, elles ont beaucoup de peine à faire le pas.» Chacun est pourtant conscient de l'importance cruciale de l'informatique : si l'ordinateur venait à faire défaut, le fonctionnement interne et les relations avec les partenaires commerciaux seraient paralysés. Ne plus disposer par exemple des données liées aux clients, aux articles et aux commandes, ou du courrier électronique? Autant aller boire des bières au bar du coin!

Et pourtant, la plupart de nos sociétés continuent d'entretenir à grands frais leur propre salle des machines, dotée d'une sécurité illusoire. Il suffit d'aller visiter un centre d'hébergement professionnel pour se rendre compte de ce que cela implique en termes de contrôle d'accès, d'alimentation, de conditions climatiques, d'organisation, de protection contre les sinistres et le sabotage : seules de très grandes entreprises peuvent se l'offrir et ce sont elles qui recourent le plus souvent à la délocalisation.

La situation évolue, mais très lentement. Certes les grands fournisseurs (IBM, HP) entretiennent des centres de secours pour leurs clients, mais même eux cherchent aujourd'hui à confier cette tâche à des sociétés spécialisées.

Un business éclectique

«Le marché de l'hébergement évolue, continue Gérard Sikias. Nos clients ne désirent pas seulement entreposer leurs machines chez nous, ils exigent des solutions complètes. Cela commence par du housing* pur et continue par des services annexes tels que la gestion du parc, les sauvegardes sur bandes ou encore la mise à disposition de locaux avec postes de travail pour la continuité des opérations après une catastrophe. La palette de services est toujours plus étendue. Un client nous a même demandé de mettre en place et d'exploiter un centre de calcul complet.»

Safe Host n'est pas le seul fournisseur du domaine à relever ce phénomène. Un petit tour d'horizon romand de la branche nous a conforté dans notre opinion que le housing pur a peut-être payé (on en doute d'ailleurs, vu le nombre de cadavres et d'éclopés jonchant la route), mais ne paie plus, du moins si les conditions adéquates ne sont pas remplies. La majorité des fournisseurs, business oblige, propose une palette de plus en plus éclectique qui va de l'hébergement de sites web et d'applications à la mise à disposition exclusive ou partagée de serveurs ou encore d'espace disque à la demande. La supervision de la bonne marche des boîtes ronronnant dans les racks et la sauvegarde des données font souvent partie des prestations. La palette peut même comprendre l'installation et l'exploitation des systèmes et des applications du client.

Spécialisons-nous!

«A chacun son métier, il ne faut pas tout mélanger», proteste Frédéric Strittmatter, directeur de Telehouse, autre grande enseigne sur la place de Genève qui héberge les machines de nombre de fournisseurs Internet, sociétés de télécommunication, banques et même PME. «Nous ne faisons que du housing, c'est un métier pour soi. Nous offrons une résidence fortifiée, la sécurité, la pérennité. Pour être rentable dans ce domaine, il faut disposer d'une taille minimale, offrir au moins 2000 m2.» Ceci n'empêche par ailleurs pas Telehouse de fournir les services de base : sauvegardes, interventions ponctuelles (réamorcer un serveur, échanger une carte), supervision, jouer donc le rôle d'¿il, de main ou de tournevis télécommandés. Mais si les prestations désirées dépassent ce niveau, elles sont confiées à des partenaires.

A Meyrin, PSINet, autre membre du trio des grands de la région lémanique, pratique pourtant bien le panachage. D'abord fournisseur de services internet et hébergeur de sites web, la société propose également la prise en charge de serveurs, «room only» ou avec services, la colocation, ainsi que la mise à disposition d'espace disque temporaire. Les voies d'accès télématiques aux centres d'hébergement jouent évidemment un rôle primordial, particulièrement dans le cas des ISP (fournisseurs internet). PSINet dispose ainsi de son propre réseau mis à disposition des clients.

S'en tenir à ses compétences

Outre ces palaces, une demi-douzaine d'acteurs importants, mais de taille plus modeste, proposent des services d'hébergement dans la région, en majorité toutefois pour l'accueil de sites web**. Tout le monde s'accorde à dire que l'offre est pléthorique et la concurrence acharnée. Chez Deckpoint à Genève, qui dessert environ 3000 clients de type PME et privés, Pierre Favre, responsable marketing, estime qu'il faut savoir choisir ses clients en fonction des prestations et du niveau de sécurité que l'on est vraiment en mesure de fournir. Opinion partagée par Dominique Périsset, directeur de cette société, qui ajoute que les entreprises de la branche se retrouvent aujourd'hui coincées entre les clients et les opérateurs télécom.

Service bureau new age

Si nos multinationales trouveront certainement satisfaction chez les trois grands mentionnés (ou leurs concurrents nationaux et internationaux), beaucoup de nos PME requièrent, toutes proportions gardées, un niveau de sécurité et de continuité comparable, sans toutefois être en mesure d'assumer la gestion d'un parc de machines. Ces sociétés peuvent aujourd'hui confier leur système et son opération à un hébergeur qui se chargera d'assurer la maintenance technique, la configuration et la mise à niveau des logiciels, de même que l'assistance technique en cas de panne. Mieux encore, elles peuvent se tourner vers un fournisseur d'applications (ASP, Application Service Provider) et acquérir le droit, contre facturation mensuelle, d'exploiter les applications désirées (bureautique, finances, gestion, etc.). L'investissement se réduit alors aux postes de travail reliés à Internet. Tous les programmes (y compris les outils de bureautique) tournant sur un serveur distant, rien ou presque n'est à installer chez le client. Penta Consulting à Nyon propose par exemple sur cette base les outils Office, messagerie et téléconférence, base de données SQL Server, ERP Pro Concept et outils décisionnels de Cognos. Il y a vingt ans déjà, des PME s'équipaient de terminaux raccordés à des centres de calcul pour exploiter des applications : plus ça change¿

Petites sociétés, grandes applications

Illustrons finalement à l'aide d'un autre exemple la possibilité offerte aujourd'hui aux petites sociétés de disposer de grandes applications à coût modeste, sans investissement ni savoir-faire informatique. L'exemple nous paraît caractéristique de ce qui deviendra à notre avis toujours plus fréquent et illustre bien le partage des compétences sur le marché.

L'éditeur de logiciels Sémiramide de Genève propose à ses clients ¿ des PME, associations et clubs ¿ les outils de bureautique courants et des applicatifs de gestion qu'il a lui-même développés, ceci sous forme de services comme décrit dans le paragraphe précédent. Sémiramide dispose elle-même de serveurs, mais délocalise en général les opérations et bases de données de ses clients sur les machines d'un hébergeur genevois, DFI en l'occurrence, qui cumule les fonctions de logeur de machines, fournisseur de services et hébergeur de sites web. Forte de 18 personnes, l'équipe DFI s'occupe d'une centaine d'ordinateurs IBM et Compaq, d'un réseau de stockage SAN et d'un réseau de lignes louées. Et si le client a vraiment besoin d'une sécurité maximale, DFI entreposera finalement les machines concernées chez Telehouse, fermant la boucle. «Le marché de l'hébergement évolue dans le bon sens, les mentalités changent, les clients se rendent compte des coûts et problèmes liés à leur informatique, estime Ziad Fokheladeh, directeur de DFI. Par contre les hébergeurs doivent se différencier davantage par l'étendue et la qualité des services qu'ils offrent.»

Jean-Luc Perrenoud, ib-com.ch